Dieu à genou !

Méditation

Le jeudi 1er avril 2010

JEUDI  SAINT


Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout.
Au cours du repas, alors que le démon a déjà inspiré à Judas Iscariote, fils de Simon, l’intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est venu de Dieu et qu’il retourne à Dieu, se lève de table, quitte son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin, il se met à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture.
Il arrive ainsi devant Simon-Pierre. Et Pierre lui dit : « Toi, Seigneur, tu veux me laver les pieds ! »
Jésus lui déclara : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. »
Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras point de part avec moi. »
Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! »
Jésus lui dit : « Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, … mais non pas tous. »
Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : « Vous n’êtes pas tous purs. »
Après leur avoir lavé les pieds, il reprit son vêtement et se remit à table. Il leur dit alors : « Comprenez-vous ce que je viens de faire ?
Vous m’appelez ‘Maître’ et ‘Seigneur’, et vous avez raison, car vraiment je le suis.
Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.
C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »  (Jean 13, 1 – 15)

Aujourd’hui nous pouvons simplement contempler Jésus à genou devant l’homme !
Il n’est pas petit parce qu’il ne peut pas faire autrement, comme à la crèche (tout en sachant que c’est bien le choix de Dieu). Ici au lavement des pieds, Jésus choisi de se mettre à genou, notre Dieu, le Maitre et le Seigneur se met à genou, pour que nous fassions de même !
Que l’homme doit être grand pour que Jésus s’abaisse ainsi pour le relever.
Que notre Dieu est grand dans sa petitesse,…
nous voyons combien le dernier est bien le premier !
Ci-dessous : (extraits) Maurice Zundel Extraits de la récollection donnée au Centre Charles Péguy à Londres en février 1964
Comment saisir l’Évangile comme la source de l’expérience….si l’on ne va pas nous-même vers la source, au puits de Jacob, à l’heure de midi?

La source au puits de Jacob… Dans ce dialogue avec la schismatique, l’hérétique, la samaritaine, la femme de mauvaise vie, ce dialogue incomparable où Jésus dit à cette pécheresse le secret même le plus profond de la religion de l’esprit: « Donne-moi à boire ». Mais c’est lui qui va lui donner à boire, c’est lui qui va la conduire à cette source d’eau vive qui jaillit en elle en Vie Éternelle. Et tandis qu’elle se demande où adorer Dieu, est-ce sur la montagne des samaritains, ou est-ce sur la colline de Sion où les juifs ont leur temple, un temple splendide dont la magnificence fascine des centaines de milliers de pèlerins ?

Et bien non! Ce n’est ni sur le Garizim, ni sur la colline de Sion, c’est en toi, en toi que jaillit la source de vie éternelle. Le temple va s’écrouler et désormais quel sera le sanctuaire de Dieu? L’homme. C’est l’homme qui sera désormais le seul sanctuaire de la Divinité. Et c’est pourquoi le pape Saint Grégoire peut écrire ce mot qui est un des plus beaux de la langue chrétienne: « Le Ciel, c’est l’âme du juste » Et c’est devant ce Ciel qui est l’âme du juste, c’est devant ce Ciel que chacun est appelé à devenir, que Jésus est à genoux au lavement des pieds.

Revivons ce moment pathétique: tout est perdu, nous sommes à quelques heures de l’Agonie et de la Passion, tout est perdu, Jésus a échoué, il n’a pas fait un seul disciple, personne ne l’a compris, même Pierre qui va tout à l’heure jurer qu’il ne le connaît pas, même le disciple bien-aimé qui va tout à l’heure s’endormir au Jardin de l’Agonie, pour ne pas parler de Judas qui l’a vendu. Et c’est tellement vrai qu’ils n’ont rien compris, qu’à la table de la Cène, ils se disputent la première place.

Alors, il faut frapper le coup décisif, il faut ruiner toutes leurs espérances charnelles, il faut leur faire comprendre qu’ils ne s’assoiront pas sur des trônes, que tout cela était une image, une parabole conforme à leur esprit charnel, que la véritable situation, c’est d’être à genoux comme il l’est lui-même. Il est à genoux devant eux et devant nous car il représente toute l’humanité. Il est à genoux devant l’homme parce que, justement, le Ciel, c’est l’âme du juste. Et dans ce geste désespéré, devant ce geste qui est comme son testament avec la Cène, avec l’Eucharistie, Jésus veut conduire ses disciples à la découverte essentielle.

Il veut qu’ils comprennent que le Royaume de Dieu est au-dedans d’eux-mêmes et que ce Royaume de Dieu, Dieu ne peut pas les y introduire de force, car Dieu est Amour et rien qu’Amour Dieu se propose toujours, il ne s’impose jamais. C’est donc à eux d’ouvrir la porte, c’est à eux de l’accueillir, c’est à eux de consentir, c’est à eux de prononcer ce oui pour fermer l’anneau d’or des fiançailles éternelle, c’est à eux d’accueillir cet amour qui ne peut déployer en eux toute sa lumière, toute sa joie qu’avec leur consentement.

Le lavement des pieds lui-même nous délivre à jamais du pharaon céleste. Jésus brise ici toutes les idoles que l’homme s’est données, tous les faux dieux qu’il a inventés. Jésus introduit dans notre histoire une essentielle transmutation des valeurs.

La grandeur, ce n’est pas de dominer, d’avoir des sujets, de pouvoir les écraser, de leur parler à l’impératif, de les juger et de les condamner s’ils ne se soumettent pas au pouvoir arbitraire d’un tyran, la grandeur, c’est de se donner. La grandeur se situe non pas dans la ligne de la domination mais dans la ligne de la générosité. Et c’est pourquoi Jésus à genoux atteste la vraie grandeur, celle du don, celle de l’amour, la seule qui puisse convenir au Dieu-Esprit qui est Vérité.

C’est une immense révolution, c’est la vraie révolution car, justement, maintenant le ciel est ici. Maintenant, aujourd’hui , au-dedans de nous.

Le visible laisse transparaître l’invisible, le visible est un sacrement où resplendit le Visage de l’Éternelle Beauté. L’homme révèle Dieu.

Mais, bien sûr, c’est un Dieu que l’on ne peut pas connaître si l’on ne devient pas homme; il faut se faire homme pour atteindre à ce Dieu-là ou, ce qui revient au même, on atteint à ce Dieu-là quand on devient vraiment un homme, quand on devient une personne, une source, une origine, un espace, un créateur.

Car l’homme dans son authenticité se situe à ce niveau du dialogue nuptial avec le « beauté toujours ancienne et toujours nouvelle » dont la rencontre nous fait passer du dehors au dedans en nous joignant à nous-même dans un moment unique où nous devenons nous dans un élan vers l’autre.

Ce Dieu-là est un Dieu inconnu de l’immense majorité des croyants accrochés à des idoles comme les apôtres l’étaient à leurs rêves et ne voyaient pas Jésus: ils le voyaient devant eux au lieu de le voir au-dedans d’eux. C’est pourquoi ils n’arrivaient pas à le discerner et à le reconnaître.

Ce Dieu-là, le Dieu de l’expérience augustinienne, le Dieu que la Samaritaine est invitée à découvrir au plus intime d’elle-même, le Dieu devant lequel Jésus est à genoux au lavement des pieds, ce Dieu-là est inconnu de l’immense majorité des croyants de toutes les religions.

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